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 David Lynch

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lulu
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Nombre de messages : 69
Date d'inscription : 27/02/2005

MessageSujet: David Lynch   Mer 11 Mai - 20:36

Propos de David Lynch glanés dans divers interviews

La création

"La méthode est toujours la même : essayer, se tromper. Et finalement, quelque chose apparaît, mais il faut être dans l'action, on ne peut pas le concevoir à l'avance, il faut que cela émerge.

Il faut être impliqué dans le processus de création, avec un certain contrôle sur ce qui se passe, mais en même temps le monde, ou la nature, peuvent vous aider. Et il faut laisser cela se produire. Quand on commence un projet, il faut adopter une position ouverte, qui intègre le non-contrôle d'une étrange manière. Il faut que le contrôle et l'absence de contrôle évoluent ensemble, en laissant la place et en se donnant les moyens de reconnaître les accidents heureux. En fait, cela commence dès le début : on ne peut pas décider d'avoir une idée de film, de tableau, on peut seulement se mettre en situation de la laisser advenir, se rendre réceptif. Et peut-être que l'idée "volera jusqu'en vous" (David Lynch emploie l'expression "will fly in"). Je crois vraiment que désirer la venue d'idées fait partie du processus, le désir est comme un appât pour les capturer. Il faut se mettre dans un état particulier de rêverie éveillée, sans forcer son esprit, juste le regarder évoluer. Alors, on peut lui fournir de petites choses autour desquelles il peut évoluer, mais juste comme point de départ. Et ensuite, parfois, quelque chose se produit, qui vous mènera vers un film, ou une peinture, ou un meuble - on ne le sait pas à l'avance.

Entre deux films, c'est le chaos : il faut rester perméable à ça, il faut laisser toutes vos portes bien ouvertes, parce qu'on ne sait jamais ce qui va s engouffrer dans l'une de ces portes, vous toucher de plein fouet, vous faire tomber amoureux. Quand je termine un film, je me plonge tout de suite mentalement dans la prochaine étape. Si je passais du temps à repenser à mes films passés, je gambergerais trop. Je crois qu'en réfléchissant trop on bloque le processus créatif.



Un film

Tout doit fonctionner ensemble. C'est pour cela que je dis qu'un film n'est pas fini tant qu'il n'est pas fini. D'une façon assez étrange, on doit imaginer ce qu'il pourrait être, mais on n'en sait rien tant qu'il n'est pas achevé. On atteint au miracle quand le tout dépasse la somme des parties; c'est la magie du cinéma. Si l'on se focalise sur chaque élément pour les pousser le plus loin possible, alors quand on les met ensemble on peut obtenir cette magie. Le rythme, l'étalonnage des couleurs, c'est si délicat qu'il faut que tout soit complètement poli, affiné, fini, pour être sûr que le film fonctionne.

Chaque film présente une certaine histoire, un certain agencement des séquences, un certain aspect visuel, une certaine illustration sonore... Et en fonction de ces différents paramètres, on ressent ou on comprend quelque chose de plus profond que ce qu'on voit en surface. C'est toujours le même processus : tout film possède une surface et un niveau plus profond et plus invisible

Il y a toujours plus que ce qu'on voit. Le cinéma peut parler d'abstractions, mieux encore que la musique, parce qu'il a tout pouvoir pour le faire, pour ouvrir à l'esprit les portes de l'abstraction. Même si, aujourd'hui, les films sont du pur spectacle et que c'est bien triste. Pourtant, on peut avoir en même temps de la poésie et du polar.

Il y a un secret dans l'abstraction parce que ça déclenche chez le spectateur une réaction qui lui est très personnelle, ça le remue de l'intérieur, il ajoute quelque chose de sa propre expérience à la vision du film et c'est ce qui peut rendre les choses bouleversantes.



Cette relation entre un film et un spectateur peut devenir superbement abstraite : chaque spectateur ressent ou comprend des choses différentes en voyant le même film. Un film peut allumer l'imagination d'un spectateur et le spectateur projette ensuite sa propre subjectivité dans le film, c'est un processus magnifique. Quand un film nourrit le public à la petite cuillère, comme un bébé, cela rétrécit d'autant plus l'imaginaire du public, cela nivelle les imaginations et chaque spectateur ressent la même chose. Mais d'autres films peuvent éviter les formules basées sur le plus petit dénominateur commun en présentant des zones plus abstraites, ce qui élargit d'autant plus l'imaginaire du public ; grâce à ces zones plus abstraites, plus mystérieuses, le spectateur peut mieux s'engouffrer dans le film et remplir lui-même les zones d'ombre. Pour moi, le but d'un film n'est pas de rester à la surface mais d'inviter le public à s'engouffrer sous cette surface


L'histoire

Un script, dit-on, est un squelette. Il faut lui donner la chair et le sang. Une metteur en scène est un interprète. Il traduit les images qu'il a reçues du scénario. C'est vrai de toutes les idées, qu'il s'agisse d'un script ou d'un livre. L'idée ne vous appartient pas. Vous l'avez reçue. Des images, des sons, une atmosphère émanent du matériau. Et vous essayez de traduire cela en film. Puis interviennent des variables: les lieux de tournage, le choix des acteurs, etc. Si vous vous efforcez de rester fidèle à l'impression première, tout ira bien.

Quand vous lisez un livre ou un scénario, votre imagination se déclenche et soudainement, les mots commencent à vivre dans votre tête. Si on reçoit une idée d'ailleurs pour construire un scénario, on doit toujours se souvenir de la première impression. Ces idées ne sont que des fragments, mais elles vont éventuellement former une histoire. Cette fois-ci l'histoire vraie d'Alvin Straight m'est parvenue d'un seul coup, par l'extérieur (les scénaristes Mary Sweeney et John Roach ; NDLR), mais quand elle a commencé à vivre dans ma tête j'ai dû la suivre. Je veux toujours rester fidèle à l'histoire et à la première impression - ce qui me sert de guide dans des décisions délicates. Le goût, le style - tout découle de l'histoire, c'est elle qui dicte l'approche.



La réalisation

Tout film est un défi. Le matin, avant de travailler, on a l'impression d'être face à une structure en verre très délicate...ca pourrait se casser, ca pourrait aller très mal. C'est une horreur de devoir transformer cette structure de verre en acier à la fin de la journée. Si c'est le cas, vous avez réussi. Il n'empêche que, le matin, ce n'est que du verre et on ne sait pas si ca tiendra, si cava fonctionner. C'est donc un travail au jour le jour: être fidèle à son histoire et tenter de la tire correctement.
les acteurs doivent partager un désir du film avec moi. Alors, on peut commencer à travailler ensemble, même si à ce moment nous sommes très loin les uns des autres. Les répétitions adaptent mon grand principe selon lequel tout fonctionne par action/réaction, en l'occurrence, répétition/discussion. Et ainsi, peu à peu, on se rapproche jusqu'à partager le même projet. A ce moment se produit un déclic, on le sent et c'est très émouvant. Dès lors, les talents des uns et des autres peuvent évoluer de concert. Il faut pratiquer exactement de la même manière avec les responsables de l'image, de la décoration, du son et de la musique.


A propos de son film "une Histoire vraie"

L'histoire est simple et se réduit souvent à un homme dans un paysage immense ; c'est moins facile à réaliser que ça en a l'air, parce qu'on ne peut pas s'appuyer sur grand-chose. Aussi, dès qu'on travaille sur quelque chose, cette chose devient très importante. Chaque détail devient important, chaque son aussi. Il n'y a pas vingt sons différents, mais deux ou trois. Donc, la manière dont ils apparaissent et disparaissent devient essentielle. Ils bougent avec le film, il se mélangent comme une musique. C'est ce que je vous disais à propos de la musique: à quel rythme faut-il la faire intervenir pour produire une émotion? Et c'est ce que j'ai aimé dans ce film: la sensation des séquences et le mélange, et réaliser cela d'une manière minimale.




Prendre forme

Tout cinéaste éprouve des doutes un jour ou l'autre ; on peut prendre conseil ici ou là , mais finalement tout se passe à l'intérieur d'un processus dont on ne connaît pas l'issue à l'avance. Et c'est grâce à cela que le film a des chances de ressembler à quelque chose, car s'il fallait en passer par plusieurs personnes, ce serait impossible. Ce n'est pas un exercice intellectuel, parce qu'on et au plus profond du film, c'est une intuition... il faut prendre des décisions, petites ou grandes, et finalement ca prend forme. Je ne cherche jamais à trop préparer un plan: il y a les personnages, et le monde dans lequel ils vivent, et il faut ressentir les deux. Ca peut être trop grand ou trop petit, il faut que le rapport soit juste. Si on en montre trop, ca pourrait induire une idée qui ruinerait l'ensemble. Mais si l'on montre un détail à un instant précis, on donne le sentiment que tout est en place.

En peinture, si l'on veut défaire quelque chose, il faut détruire; ce n'est que par la destruction et l'expérimentation qu'on peut s'en sortir. Par exemple, en architecture, Frank Lloyd Wright adorait quand sa maison brûlait - je crois qu'elle a brûlé plusieurs fois -, parce que ça lui donnait l'occasion de faire mieux. Les accidents du hasard permettent de s'engager dans de nouvelles voies.


Interactivité
L'art a toujours été interactif: il y a la musique et l'auditeur, c'est un cercle. Quand vous êtes devant une peinture ou un film, c'est aussi un cercle: vous vous tenez devant, et alors la peinture ou le film commencent à vous faire quelque chose, c'est un aller-retour, un prêté pour un rendu. Lorsqu'on laisse les gens choisir la fin d'un jeu ou d'une histoire, qu'on leur demande d'aller d'un côté ou d'un autre, c'est marrant mais trop facile. Le sentiment d'avoir le contrôle doit être inclus dans l'histoire, certes, mais aussi ce quelque chose dont nous sentons que nous ne tenons pas à le contrôler. Nous voulons êtres poussés vers l'inconnu et vers tout ce qui ferme cette option.

Ce qui est bien avec l'imagination, c'est que les gens sont comme des détectives, ils accordent beaucoup d'attention à des détails qui, pour eux, deviennent des pièces à conviction: leur esprit travaille... C'est pourquoi il est si dangereux de donner du tout cuit au public qui prend alors l'habitude de rester passif. Les films se ressemblent tous, ce qui diffère c'est cette interaction entre le film et le public qui peut être si merveilleuse : ce qui se passe à l'intérieur de chaque spectateur peut être à chaque fois un peu différent...

Image tirée de son film
Mulholland Drive

La réalité

Aussi inventif et loin du sens commun que soit un ensemble de mots, de signes visuels, l'esprit humain aura toujours tendance à les combiner pour y trouver un sens. Il est impossible, et sans intérêt, de couper toutes connections avec la réalité. Au contraire, le passage par des univers imaginaires peut aider à mieux comprendre la réalité, à mieux percevoir des aspects du monde auxquels on était aveugle.
Un jour, j'ai demandé à un psychiatre si une thérapie pouvait affecter ma créativité, il m'a dit: "David, pour être honnête, je dois vous dire que oui, peut-être." Je lui ai serré la main et je suis parti. Je ne sais pas ce qui est réel, ce qui ne l'est pas, je procède par intuitions et je dis toujours que chacun, confronté à l'abstraction, a droit à ses propres réponses. Vous pouvez aimer un livre sans percer les intentions de l'auteur, l'important, c'est qu'il vous fasse rêver. Le film est un langage pour exprimer des choses qu'on ne peut pas dire, qu'on ne connaît pas. C'est quelque chose qui est en grand danger de se perdre aujourd'hui, on fait des films qui laissent de moins en moins d'espace au songe. Ils sont montés en épingle pour une ou deux semaines avant d'être engloutis et oubliés : cela ne suffit pas à contenir tous les rêves de cinéma. "


David Lynch



Les propos de David Lynch ont été glanés dans divers interviews parus dans Libération, L'Humanité, le Monde, les Inrockuptibles, les Cahiers du Cinéma et Positif.


Quelques sites internet :
http://www.aboutlynch.com/ : site français avec la filmographie…
www.objectif-cinema.com/lynchland/000.php : des articles très intéressants.
http://www.davidlynch.de/ : site allemand très graphique et très documenté.
http://www.davidlynch.com/ : son site officiel contenant une riche boutique riche (payant)
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