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 Jean Luc Godart. Extraits

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lulu
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Nombre de messages : 69
Date d'inscription : 27/02/2005

MessageSujet: Jean Luc Godart. Extraits   Mar 10 Mai - 16:51

Jean-Luc Godard


Morceaux choisis du livre
Introduction à une véritable histoire du cinéma
de Jean Luc Godard aux éditions de l'Albatros.

"Faire ce qu'on peut et ne pas faire ce qu'on veut ; faire ce qu'on veut à partir de ce qu'on peut, faire ce qu'on veut de ce qu'on a et pas du tout rêver l'impossible.


Je crois que ce n'est pas une question de tourner dans la rue ou pas dans la rue, des moyens légers ou pas légers… La question est de vous intéresser aux gens, et à un certain nombre de gens, et puis à partir de là c'est : " comment toucher des gens ? "

Le film et le public
Après avoir vu ce film, on en avait pour son argent. Mais en même temps, quelque chose m'épouvantait c'est qu'il n'y avait aucune communication entre ceux qui avaient fait le film et le public. Il y en avaient une et en même temps il n'y en avait pas. Il y a ceux qui avaient fait le film, qui étaient à des centaines de kilomètres en train de faire autre chose ; et puis ceux qui avaient fait autre chose durant toute la journée que de faire des films et qui venaient voir à ça le soir ; il y avaient le film lui-même qui était l'endroit de leur rencontre ; et en même temps, c'était comme une gare, à la fois complètement déserte et peuplée.

Ce qui est intéressant dans le cinéma ou dans la création d'images ou des choses comme ça, c'est la possibilité de partager avec d'autres le fait d'être dans deux endroits à la fois. Mais ça devrait être aussi un lieu de communication, et c'en est un mais de telle manière que ça empêche toute communication.


Image tirée du film Une femme mariée

Le scénario et les notes
Pour la préparation d'A bout de souffle, au bout d'un moment, j'étais complètement paniqué à force d'écrire. J'ai dit " Et bien je n'écris plus, je vais avec ce que j'ai fait et puis on verra bien ".
Ce n'est pas qu'un crayon et du papier soient mauvais, ce qu'il y a de mauvais dans le cinéma tel qu'il se fait, c'est qu'il vient toujours au même moment, avant. Or moi je trouve qu'il est bien de venir un petit peu avant, un petit peu après, pas tout le temps.
Et depuis cette époque là, je n'ai plus fait de scénario. J'ai toujours pis des notes, essayé d'organiser ces notes d'une manière simple, avec un début, un milieu, une fin quand il y a une histoire, ou avec un thème qui se déroule logiquement, en essayant de suivre une certaine logique.

Je fais plutôt des films, comme deux ou trois musiciens de Jazz : on se donne un thème, on joue et puis ça s'organise.

On fait ce qu'on a et puis ça tombe plus ou moins bien. Mais si ce qu'on fait s'organise bien, ça sera toujours bien. Il y en aurait peut-être eu un autre qui aurait été différent. Et au besoin, si on n'avait pas trouvé, eh bien, on aurait peut-être attendu le lendemain jusqu'à ce qu'il y ait quelqu'un de bien. C'est comme la vie, il n'y a pas de règles.

Je cherche une situation et ensuite j'écris.
Vous connaissez la situation, vous connaissez le décor, vous savez que vous allez là. Et puis ensuite… Est-ce qu'on peut dire que le dialogue que vous aurez avec votre amoureux est improvisé ? Il est à la fois répété et improvisé.

On devrait écrire ses scénarios avec un peu de vidéo légère, parce que le fait de voir un plan fait, on sait mieux alors comment on le fera ou comment on ne le fera pas. Pour moi aujourd'hui, tous les films sont un petit peu des monstres parce qu'ils ont d'abord été écrits.

Image tirée du film
For Ever Mozart

La citation
J'ai toujours utilisé la citation, c'est à dire je n'ai jamais rien inventé. J'ai mis en scène des éléments que je voyais à partir de notes que je prenais, notes qui peuvent venir de lecture, qui peuvent venir de paroles dites par quelqu'un.
Comme en peinture, on corrige, on pose, on assemble, on n'invente rien.

Ca représente d'avance
L'image et le son c'est un peu incomplet. Si notre corps n'était fait que d'yeux et d'oreilles, ça ne suffirait pas. Or c'est très limité. Et en même temps ce " très limité " donne l'impression d'illimité. Ca va de zéro à l'infini sans arrêt.
J'ai toujours pensé que le cinéma représente aujourd'hui ce qu'était un peu la musique autrefois : ça représente d'avance, ça imprime d'avance des grands mouvements qui vont se faire. C'est un signe extérieur qui montre les choses, là. C'est un peu anormal. C'est quelque chose qui va se passer, comme une irruption.

Le réalisme
Moi j'ai toujours essayé avec les acteurs de les considérer comme des gens réels dont il fallait montrer un peu de réalité dans un scénario donné où ils étaient forcés de faire un certain nombre de choses, mais en tenant compte de ce qu'ils étaient réellement.

Je regarde souvent les gens dans la rue et puis j'essaie d'imaginer ce qui vient juste avant et ce qui vient juste après.
Vous prenez une image et vous cherchez à dire un peu plus, à faire l'image d'après ou l'image d'avant, c'est à dire à faire un film.

Finalement, j'ai toujours cherché à faire prendre pour vrai , non pas tellement ce qu'il dit, mais le moment… le moment où c'est dit ; ça aurait pu être vrai.
A partir de quelque chose de très connu, j'essaye d'en parler peut-être abstraitement ou d'un manière complexe, mais à partir de quelque chose de très connu.

Moi, je cherche le réalisme, moi je suis comme Brecht ; et je cherche un meilleur réalisme, et un autre réalisme que ça.

image tirée du film
Le mépris

Documentaire et fiction
J'ai toujours navigué entre le documentaire et la fiction dans lesquels je ne fais que aucune différence ou dont je me sers pour décrire… décrire ça ; toujours osciller entre deux choses ; le cinéma étant quelque chose qui oscille d'un pôle à l'autre et dans le film lui même, mettre des pôles, indiquer des pôles et osciller à des tas d'endroits.
A des moments d'une interview réelle de quelqu'un, la faire osciller avec une autre interview et faire naître, essayer de faire naître l'irréel de cette vraie réalité-là.

J'ai toujours essayé que ce qu'on appelle le documentaire et ce qu'on appelle la fiction soient pour moi les deux aspects d'un même mouvement, et c'est leur liaison qui fait le vrai mouvement. C'est des aspects de double, de l'un qui se changent en l'autre… et d'essayer de mélanger un peu…

A propos des documentaires, des fictions, c'est ça effectivement, arriver à montrer ce qu'il y a de… à la fois l'intérieur de l'extérieur et puis, pas trop, que tout ne soit pas sur l'écran mais que ça arrive à bien s'harmoniser avec le moment où c'est projeté.

Dans rien
A partir d'une tasse de café, on a vu le monde se défaire et puis tout à coup, le monde s'est recréé, tout à coup immobile… Il y avait des choses qui se passaient, et c'est en ça que tout est intéressant ; c'est possible de faire un film avec rien car dans rien on peut tout montrer.

L'impression et l'expression
Je commence à séparer maintenant un peu comme deux mouvements différents ce qu'on peut appeler l'expression, qui consiste à sortir quelque chose, et puis au contraire l'impression, quelque chose qui consiste à rentrer quelque chose.

La fiction c'est le regard, et le texte étant l'expression de ce regard, la légende de ce regard. La fiction effectivement est l'expression du document, le document c'est l'impression. L'impression et l'expression sont comme deux moments différents de la même chose. Mais, quand on besoin de regarder ce document, à ce moment-là, on s'exprime. Et c'est de la fiction, mais la fiction est aussi réelle que le document, elle est un moment autre que la réalité.


image tirée du film Nouvelle Vague

Les films le plus intéressants
Vélasquez peignait les choses qui sont entre les choses et je m'aperçois que… petit à petit… le cinéma c'est ce qui est entre les choses, c'est pas les choses, c'est ce qui est entre quelqu'un et quelqu'un d'autre, entre toi et moi et puis sur l'écran c'est entre les choses. Le cinéma le moins intéressant c'est celui qui est soit complètement vers le spectateur, les films à grand succès ou des choses comme ça, où il n'y a à la fois rien sur l'écran, mais aussi rien derrière la caméra si vous voulez ; ça ne vaut pas dire que le spectateur n'est rien mais ce sont des films faits.
Il y en a d'autres au contraire, comme certains films que j'ai faits, qui n'arrivent pas à établir le rapport avec le spectateur, qui sont uniquement faits derrière la caméra et puis il y a ceux qu'on peut appeler les films les plus intéressants… ou certains moments de film ; les bons films sont ceux qui sont un peu plus moyens, qui savent passer de tout derrière à tout devant, c'est à dire quand le spectateur regarde, la caméra est inversée, il a une espèce de caméra dans la tête : un projecteur et qui projette…

Alors le problème après c'est que ces bons films, s'ils sont sur un mauvais terrain , sont accusés facilement de mépriser le public. Il ne faut pas les mettre sur un terrain qui n'est pas le leur.
Aujourd'hui, le problème avec les endroits où on projette les films ça serait comme si toutes les fleurs on les faisaient pousser dans le béton, pour les trois quarts on y est arrivé à les faire pousser dans le béton, mais il y en a 2 ou 3 qui n'y arrivent pas, alors est-ce que ce sont de mauvaises fleurs pour ça ? Non, c'est le béton qui n'est pas bon.

Faire ce qui ne se fait pas
Moi, j'ai toujours essayé de faire ce qui ne se fait pas, de dire : et bien, si on ne fait pas ça, je vais le faire. C'est bien ou mal, peu importe. Mais faisons plutôt ce qui ne se fait pas ; Ce n'est pas difficile d'avoir des idées. C'est comme dans l'industrie, pour gagner de l'argent, il suffit de regarder ce que font les autres et puis de faire ce qui ne se fait pas.

image tirée du film
Week End

Pour qu'il se passe quelque chose
Une image ce n'est qu'un fait, ce n'est qu'un moment d'un fait, ce n'est même pas tout.
Moi, ma seule intention ce n'est pas de dire quelque chose, ma seule intention c'est d'arriver à pouvoir faire qu'on se dise quelque chose. Ma seule intention c'est de filmer d'une certaine manière, ce n'est pas de filmer d'une certaine manière pour ; c'est de filmer d'une certaine manière, le "pour" est … Pour qu'il se passe quelque chose.

Voir, cacher et montrer
Aujourd'hui, quand on voit les choses, quand on regarde comment vit un ouvrier russe, comment vit un ouvrier américain, on voit… Si on faisait des films, si on regardait plutôt que de dire, et bien on verrait des trucs… A ce moment-là on verrait ce qu'on peut garder et ce qu'on ne peut pas garder. Mais à ce moment-là, ça changerait tellement…

Mes ennemis sont ceux qui ne se servent pas des images ou qui se servent des images pour cacher plutôt que pour montrer, qui est la majorité du cinéma où on cherche à cacher ce que les gens ont ; et c'est pour ça qu'ils aiment les images car ça leur montre des choses cachées et en même temps ça les cache à eux-mêmes.

Les possibilités de changements
Ce que je crois, c'est aux possibilités de changement. C'est ce qu'il y a de plus précieux, les possibilités de changement, et l'image, elle est précieuse parce qu'elle peut immobiliser des moments de changement, soit sous la forme de cinéma, soit sous la forme de photos et donc, on peut vérifier et comparer avec d'autres si les possibilités de changement qu'il y a, sont intéressantes, utiles, agréables suivant les cas.

Il a pu changer d'idée ? Oui, mais il faut montrer comment on change ; c'est ce qu'il y a de plus intéressant.

La forme qui libère
Je suis effectivement intéressé au moment où l'image, ou le cadre c'est à dire la forme, va nous aider à nous libérer, ou à nous tenir en forme, au sens où les sportifs disent " avoir la forme "… ou comme ça… C'est ça je crois qui est intéressant.

image tirée du film
Eloge de l'amour

Détruire et reconstruire
Moi j'essaie effectivement de détruire ce qui m'empêche d'être ce que je crois être moi là-dedans, et puis en même temps de la reconstruire d'une autre manière mais en tenant compte que les gens n'en voient pas que la destruction, car on se retrouve seul. Si on fait un objet c'est pour le vendre ou s'en servir ou pour communiquer avec le voisin. Si on fait un film c'est pour que des gens le voient et que vous voyiez ce qu'on vu les gens, ou ce qu'on voit ensemble, ou qu'on en ait le sentiment en tout cas…

Montrer les choses de plus près
C'est en ça que le cinéma, c'est intéressant, c'est qu'il montre les choses en gros.
Ca permet de voir le petit en gros, et ça permet de voir les choses d'un peu près. Ca correspond un peu à l'expression : "Tiens, il faudrait voir un peu ça de près pour voir de quoi il s'agit ". Et bien les films, pour moi, ça sert à ça.

En fait, quand on voit les choses un peu autrement, il vaut mieux savoir ce qui s'est passé et puis après, on verra si c'est ça qu'il faut dire.

Le montage
C'est mettre en rapport les choses et faire que les gens voient les choses.
Ce que j'appelle montage est simplement un rapprochement.
C'est ça la puissance extraordinaire de l'image et du son qui va avec, ou du son et de l'image qui va avec.
Le montage permet de voir des choses et non plus de les dire.

On met les images dans un certain ordre pour qu'il se dégage une certaine manière de vivre ; entre deux pôles, un courant ; et l'image, c'est un neutre, qui peut être plus ou moins entraîné ; c'est pour ça que c'est extrêmement puissant.

Moi, ce que j'aime bien, c'est deux images ensemble pour qu'il y en ait une troisième, qui n'ai pas une image, qui est ce qu'on fait de deux images ; exactement ce que fait la justice… enfin, ce qu'est forcée de faire la justice, en présentant l'attaque et la défense, et puis les jurés ou une certaine vérité… Une vérité, c'est fait d'un moment où c'est possible d'être…




Des liens à explorer à propos de Jean-Luc Godard


members.aol.com/jdabrigeon/godard.html
Un site en Français sur Godard avec un mémoire en ligne.




JLG/JLG

"j'ai dit que j'aime
j'ai dit que j'aime
voilà la promesse
à présent
il faut que je me sacrifie
pour que par moi
le mot d'amour
prenne un sens
pour qu'il y ait de l'amour
sur terre
en récompense
au terme
de cette longue entreprise
il m'arrivera d'être
celui qui aime
c'est-à-dire de mériter
enfin
le nom
que je m'étais donné

un homme
rien qu'un homme
et qui n'en vaut aucun
mais
qu'aucuns ne valent"

Jean-Luc Godard















Le poème est extrait du livre JLG/JLG de Jean-Luc Godard aux éditions P.O.L.
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